Zakouski

À la carte

Épreuve de philosophie, Paris, 15 juin 2016
© Vincent Isore / IP3
Épreuve de philosophie, Paris, 15 juin 2016
© Vincent Isore / IP3

Une lettre. Parfois deux. Plus rarement trois. À elles seules, elles suffisaient à vous ranger, dans une classe d’âge, dans une filière, dans une certaine identité sociale. Vous n’étiez décidément pas le même selon que vous aviez « fait » A, B, C ou E, que vous étiez passé par S, L ou ES, voire STT ou SMS. Plus encore que votre note finale au baccalauréat, ces étiquettes allaient définir votre parcours, décider de votre scolarité. Elles appartiennent désormais au passé.

À partir de cette rentrée, les élèves de première vont découvrir le nouveau bac voulu par Jean-Michel Blanquer. Dans le long entretien qu’il nous a accordé, le ministre de l’Éducation nationale défend point par point sa réforme, la première d’envergure concernant le bac depuis un quart de siècle, et avec elle ses principes clés : décloisonnement des filières, parcours personnalisé du lycéen, fin de la traditionnelle semaine d’examens, grand oral et instauration d’un contrôle continu. Autant de chamboulements majeurs qui ne vont pas sans inquiétudes ni protestations – la grève des copies de juillet dernier, décrite comme « sacrilège » par le ministre, a donné le ton. En bon professionnel de l’éducation, Jean-Michel Blanquer sait que d’autres se sont déjà cassé les dents sur la réforme de cette institution, qui concerne chaque année plus de 740 000 bacheliers. Et il avance en tâchant de ménager la chèvre et le chou. À ceux qui craignent un bac « à la carte » – carte scolaire, évidemment –, il oppose une banque de sujets nationale et l’anonymisation des copies. Et à ceux qui dénoncent une usine à gaz, il rappelle la vanité du « bachotage » et la dévalorisation d’un diplôme rendu quasi caduc par l’instauration de Parcoursup. Le lycée selon Blanquer n’est plus une fin en soi, mais une préparation à l’enseignement supérieur, où le taux d’échec reste pour lui le « véritable scandale ».

Si emblématique soit-elle, cette réforme ne saurait à elle seule guérir les maux de l’école française. Elle n’apportera aucun secours aux professeurs en mal de reconnaissance. Et il lui faudra encore faire la preuve de sa capacité à résorber les inégalités territoriales. Mais elle montre un chemin, dessine de nouvelles ambitions pour l’éducation. Car, à défaut d’être encore ce tabou imprenable, le baccalauréat reste un totem dont l’ombre portée enveloppe l’ensemble de la scolarité. Et les évolutions proposées – place importante donnée à l’oral, ouverture au numérique et aux grands enjeux contemporains, mise en avant des arts et de la littérature… – sont autant de signaux forts. Viendra ensuite le temps de l’évaluation. Et on saura alors si le bac selon Blanquer mérite une mention. 

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Ailleurs, ça se passe comme ça L’Italie et le grand oralManon Paulic