Contrepied

Il faut changer l'école

Les cancres des années 1950, photomontage
© Sylvain Granjon / VOZ’Image
Les cancres des années 1950, photomontage
© Sylvain Granjon / VOZ’Image

Les réformes passent, l’école française trépasse. C’est, depuis un nombre infini de décennies, une mort continue. 

La réforme Blanquer, tant vilipendée aujourd’hui, n’est pas la plus mauvaise de toutes : dédoublement des classes de CP et CE1, instruction obligatoire dès l’âge de trois ans, 40 % de contrôle continu au bac, tout ceci est de bon sens – sauf à dire que certaines applications nous renvoient déjà dans le mauvais sens. Ainsi, imaginer, au titre du contrôle continu, trois mini-sessions d’examen sur des sujets de matières au programme des épreuves du bac est une trahison de l’esprit de ce contrôle, comme je l’expliquais dans un précédent livre (Le Bac inutile, L’Œuvre, 2012). Si le contrôle continu doit être un « travail continu », pour reprendre la juste expression du ministre, il doit permettre d’évaluer un élève non seulement sur ses connaissances, mais aussi sur ses compétences, les qualités déployées, les efforts réalisés, etc. 

Notre école n’est pas « en crise », elle est en faillite. De quelque côté que l’on se tourne, ce ne sont que sinistres sous les yeux : des chefs d’établissement promus chefs d’entreprise, mais sans les pouvoirs reconnus à ces derniers ; des enseignants, qui peuvent être de bonne volonté, mais rabaissés, avec le titre peu glorieux de « prof », au rang de répétiteurs de « matières » ; des élèves, avaleurs (de force) de ces matières indigestes qu’ils s’empressent de recracher les jours d’examen ; des parents qui, malgré leur appartenance à la communauté éducative, n’ont toujours pas vraiment voix au chapitre scolaire ; des établissements manquant de matériel et, outre de « profs », de multiples autres personnels : agents administratifs, « surveillants », infirmières, médecins…

Est-ce tout ? Non. Le système de transmission est grippé. La relation avec l’élève contrariée par le vieux principe d’autorité toujours en usage malgré son affaiblissement. Bref, le « prof » parle, l’élève écoute. C’est dire combien l’école de Jules Ferry est toujours prégnante – si l’on entend par là une institution hiérarchique dominée par le « prof » régnant dans sa salle de classe, avec pour but le « bachotage ».

Faillite encore de l’ordre scolaire. Le « prof » est d’abord un gardien de la paix qui doit faire régner la discipline. Insultes, injures, harcèlements restent son lot quotidien. L’institution ayant laissé se développer les violences verbales (observées dès la fin des années 1980), le langage « incivil » est devenu le langage ordinaire de nombreux élèves.

Faillite de la valeur d’égalité. Notre école n’a jamais été aussi élitiste. L’enquête PISA de l’OCDE de 2015 nous accorde le titre de champion des inégalités scolaires. On sait qu’un élève issu d’un milieu défavorisé a quatre fois moins de chances de réussir qu’un élève de milieu favorisé. L’école française est d’abord l’école des échecs scolaires : 100 000 élèves continuent de la quitter sans formation ni diplôme.

Les statistiques et études, tant nationales qu’internationales, révèlent la chute dangereuse des performances des élèves français, et d’abord dans les matières principales, mathématiques et français. La langue française est en perdition. Partout le langage texto s’impose – au détriment de la grammaire et de l’orthographe.

Les réformes se succèdent depuis un demi-siècle et rien ne change, au point que l’on peut se demander si les réformes ne sont pas faites pour que rien ne change, au fond. 

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