Démographie : la Terre peut-elle nous supporter ?

En 1968, un petit livre au titre sobre devient un best-seller : La Bombe P. Le « P » en question ? La population. Sa croissance (4,9 enfants par femmes en moyenne) alarme l’auteur, le biologiste Paul R. Ehrlich. Prévoyant une famine à court terme et des conséquences catastrophiques pour l’environnement, il exhorte à une stabilisation de la démographie. Le néomalthusianisme fait irruption dans le débat public. L’idée n’est pas neuve. Évoquée dès l’Antiquité, théorisée par Thomas Malthus au XVIIIe siècle, reprise après-guerre par l’ONU, la régulation de la population demeure une question explosive : l’impossibilité d’offrir à 7,7 milliards d’êtres humains le standard de vie occidental fait en effet à peu près l’unanimité. Les solutions un peu moins.

L’association américaine Ginks (Green Inclinations, No Kids) défend la plus simple : renoncer à faire des enfants, acte désormais jugé égoïste – une piste radicalisée par le Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité (VHEMT). D’autres mouvements, parmi lesquels Démographie responsable, accordent la priorité aux politiques dissuasives de planning familial. Mais les plus déterminés, peu nombreux, penchent pour des politiques autoritaires de contrôle des naissances, voire de stérilisations forcées. Appliquées par le passé aux États-Unis ou en Inde notamment, ces « recettes » ont été soutenues par des écologistes, comme l’Américain Garrett Hardin, ardent partisan de l’eugénisme et du suicide assisté, ou le Britannique Julian Huxley, l’un des fondateurs du WWF.

Modérée ou non, la logique malthusienne est loin de faire l’unanimité. Le ralentissement démographique a donné tort à Ehrlich. Et l’on estime depuis que la démographie n’explique rien à elle seule : elle doit être combinée au facteur de consommation individuelle. Pour certains, l’approche strictement démographique masquerait finalement un refus de remettre en cause le mode de vie occidental.

Parmi les courants porteurs de cette critique, l’écologie intégrale. Celle-ci se développe depuis 2015 dans le sillage de l’encyclique Laudato si’ du pape François. Dénonçant la « culture du déchet », l’écologie intégrale fait le lien entre l’absence de respect pour la nature et le rejet des êtres humains les plus fragiles, du pauvre à l’embryon, de l’handicapé à la personne âgée. Elle souligne l’imbrication des enjeux sociaux et environnementaux : retrouver un rapport sain à la nature implique de retrouver un rapport sain à l’homme, et donc d’abandonner toute logique prométhéenne de maîtrise technique de l’une ou l’autre. En matière de procréation, la régulation devrait donc passer par une éducation à la responsabilité, au contrôle de soi et à la liberté. Une position très critiquée, car elle peut-être le socle d’une condamnation de l’ensemble des techniques de reproduction artificielle et d’une remise en cause, sinon de l’IVG, du moins de sa libéralisation.

L’écologie intégrale serait-elle conservatrice ? L’expression, également revendiquée par le philosophe Dominique Bourg et la députée Delphine Batho, plutôt classés à gauche, est en tout cas au cœur de certains malentendus. 

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