Deux approches complémentaires

Plutôt que de mépriser leurs confrères, les médecins qui ont déclaré la guerre aux médecines dites naturelles devraient s’interroger sur les raisons de leur succès. Consultations plus longues, partage des connaissances, respect de la personne en tant que tout indivisible, les homéopathes ont compris comment réunir tous les ingrédients utiles pour optimiser l’effet placebo. Ils savent comment favoriser la fabrication par l’organisme des médicaments dits endogènes ; en effet, notre cerveau est une vraie usine pharmaceutique capable de tout soigner ou presque : la fièvre, la douleur, l’infection, etc. !

Si la médecine devait abandonner le terrain de la placebo-thérapie, elle précipiterait automatiquement les patients dans les bras des guérisseurs, magnétiseurs, rebouteux, sorciers, marabouts et autres charlatans. Certes, ces derniers maîtrisent encore mieux l’effet placebo, mais eux sont dangereux, dénués de diplômes et de formation officielle. Ne disposant pas d’examens complémentaires, ils sont incapables de poser un diagnostic correct. Du coup, en cas de maux de ventre, ils peuvent certes traiter avec succès le syndrome de l’intestin irritable, mais vont envoyer directement au cimetière les appendicites et les cancers digestifs.

Les homéopathes, micronutritionnistes, phytothérapeutes, acupuncteurs que je connais sont en revanche d’excellents cliniciens qui prennent leur temps et ne proposent leurs soins qu’aux patients porteurs de maladies fonctionnelles (fatigue, lombalgie, dépression majeure de type léger à modéré, mal-être, insomnie, anxiété, etc.), renvoyant à la médecine classique les maladies organiques curables.

En admettant que les remèdes proposés par l’homéopathie ne soient que des placebos – ce que je ne suis pas loin de penser –, on peut au moins leur reconnaître une parfaite innocuité. Or la condition éthique de l’utilisation d’un placebo est d’abord une totale non-toxicité et une absence d’effets secondaires. Les médecines « orthodoxes », dans la lignée quasi totalitaire de la médecine fondée sur la preuve, ciblent aussi l’acupuncture. Je rappellerai que celle-ci est un des fondements de la médecine officielle chinoise, sanctionnée par un diplôme d’État tout ce qu’il y a de plus officiel au bout de sept années d’études. Une médecine plébiscitée par un milliard quatre cents millions de personnes serait-elle moins respectable que celle promue par l’Occident ? Sommes-nous tellement supérieurs aux Orientaux ? La Chine serait-elle un institut médico-psychologique pour enfants retardés ? Quelle arrogance !

À l’opposé, la médecine occidentale et universitaire classique, médicamenteuse, allopathique, prétend prendre en charge les maladies fonctionnelles à coups de médicaments qui n’ont pas non plus prouvé une absolue efficacité. En revanche, tous provoquent des effets secondaires. En un mot, la médecine occidentale n’a rien de valable à proposer à plus de la moitié de ses patients !

Prenons l’exemple bien documenté de la dépression majeure légère à modérée. Le réflexe quasi pavlovien des médecins devant un patient qui pleure est de prescrire un antidépresseur… et d’attendre que ça passe ! Or, pratiquement toutes les études contrôlées le prouvent, ces médicaments utiles, voire indispensables dans les formes sévères de la maladie, échouent à faire la moindre différence avec le placebo dans la grande majorité des cas. Lorsque des préparations à base de plantes comme le millepertuis ou le safran leur sont comparées en double aveugle, ce sont ces dernières qui gagnent, d’une part parce que leur efficacité est au minimum comparable et que leur tolérance est parfaite. Les thérapies cognitives et comportementales ont de la même manière montré leur supériorité sur les médicaments conventionnels. Dans cet exemple, la médecine fondée sur les thérapies cognitives et comportementales est la médecine de première ligne, alors que celle fondée sur les médicaments est une médecine alternative !

Rappelons que les antidépresseurs ont tous une toxicité cardiaque, sont suicidogènes chez les jeunes de moins de 20 ans, quasi inefficaces après 70 ans et provoquent des accidents de la circulation. Pour ma part, je n’en prescris que chez les adultes sévèrement déprimés et, pour les autres, je recommande des plantes, des thérapies cognitives et comportementales, de la méditation, de l’hygiène des rythmes…

Je pourrais encore mieux démontrer ce que j’avance en matière d’insomnie, contre laquelle les somnifères ont tous montré leur inefficacité au bout de 2 à 3 semaines et leur grande toxicité à terme (Alzheimer, syndrome d’apnées du sommeil aggravé avec risque augmenté d’infarctus, d’AVC, d’accidents de voiture et dépendance), sans oublier que l’inconscience provoquée par ces produits s’apparente plus à une anesthésie légère qu’à du sommeil. À l’inverse, la mélatonine et certaines plantes comme la valériane, l’Eschscholtzia, la passiflore, comme, encore une fois, les thérapies cognitives et comportementales, ont montré leur efficacité très supérieure et leur parfaite innocuité. La même argumentation pourrait être développée au sujet des tranquillisants dans l’anxiété. D’un point de vue scientifique, les benzodiazépines et apparentés devraient être bannis des pharmacies… 

Si, dans toutes les maladies que je viens d’énumérer, les médicaments classiques sont inefficaces, ou plutôt sont comparables aux placebos, comme les remèdes homéopathiques, mais qu’en plus ils sont dangereux, leur usage ne peut être que préjudiciable, donc condamnable. Et là, pour le coup, je suis dans le droit fil de la médecine fondée sur la preuve.

Pour résumer ma pensée, la médecine conventionnelle est la seule efficace dans le domaine des maladies organiques, localisables. Prescrire autre chose que des « vrais » médicaments en cas d’infection, de cancer, de maladie cardiovasculaire, neurologique dégénérative, auto-immune… est parfaitement blâmable et condamnable. En revanche, cette même médecine est inefficace et toxique en cas de maladie fonctionnelle, lorsqu’il n’existe pas de cause palpable. Prescrire à l’heure actuelle un somnifère en cas d’insomnie, un tranquillisant en cas d’anxiété, de la cortisone prolongée en cas de douleur chronique est tout aussi blâmable. 

On le voit, ces deux médecines sont parfaitement complémentaires et devraient non seulement s’accepter, mais même collaborer, à l’image de ce qui se pratique dans le grand hôpital de Pékin où je travaille régulièrement, un hôpital de médecine dite occidentale où une équipe de médecine dite chinoise intervient systématiquement, à coups d’acupuncture, de moxas, de massages, de diététique, pour la satisfaction de tous. 

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