Zakouski

Tout reste à inventer

Parlement européen de Bruxelles, 2016
© Julie Guiches / Pink / Saif Images
Parlement européen de Bruxelles, 2016
© Julie Guiches / Pink / Saif Images

L’Europe, combien de divisions ? À la veille d’un scrutin qui ne mobilise guère l’opinion, nous avons voulu comprendre ce qui n’allait pas entre l’Europe et nous, ou entre le « machin » bruxellois et les Européens que nous sommes. Quel danger y aurait-il à laisser se démanteler cette construction de plus d’un demi-siècle, dont les élargissements successifs ont fini par émousser les bases et les valeurs, jusqu’à semer le doute sur la nécessité de construire un avenir commun ? Comme souvent, c’est la désignation d’un ennemi extérieur – disons d’adversaires, nous ne sommes pas en guerre ! – qui pourrait inciter à la cohésion. Avec Donald Trump, l’Amérique n’est plus l’allié historique d’hier. Si on ajoute le revanchisme poutinien ou les tensions de l’Islam de l’autre côté de la Méditerranée, cette nouvelle configuration géopolitique devrait à elle seule faire réfléchir aux conséquences d’un éclatement de la sans doute mal nommée Union européenne. 

Dans le passionnant entretien qu’il a accordé au 1, l’ancien Premier ministre italien, Enrico Letta nous alerte vigoureusement devant ce risque : devenir demain une colonie américaine ou chinoise si nous ne déployons pas nos efforts pour être de vrais Européens, qui se querellent peut-être sur des broutilles mais restent solidaires sur l’essentiel et partagent le même idéal. Pas celui de la loi du marché à outrance où le profit l’emporte sur la protection des individus (modèle américain), ni l’obsession du contrôle de la population par l’État (modèle chinois).

Même si les partis pro-européens, ce qui est probable, l’emportent sur les partis populistes, tout restera à inventer pour que les nouveaux dirigeants de l’Union forgent une politique commune claire, efficace et utile. Avec, à côté des enjeux économiques mondiaux, l’affirmation d’une Europe protectrice des plus fragiles, à commencer par les chômeurs, les classes modestes et les migrants. Sans quoi les Salvini, Orbán, Sebastian Kurz (en Autriche) ou Marine Le Pen finiront par composer le visage d’une Europe parjure de ses valeurs humanistes. 

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