Les chiffres déchiffrés

Un État sans statistique

À propos de l’État islamique, il y a bien quelques chiffres qui circulent : 20 000 combattants en Irak, 10 000 en Syrie, -populations déplacées, villes prises… Il y a également les décomptes des victimes de ces conflits.

Mais aucun de ces chiffres n’est à notre connaissance produit ou diffusé par l’État islamique lui-même. Les informations qu’il distille à la commu-nauté internationale ne se placent jamais sur ce terrain et procèdent de l’exact inverse, puisqu’il s’agit d’une série de vidéos montrant chacune l’exécution d’un otage. Une reconnaissance internationale qui ne se construit pas dans la revendication d’un territoire et d’une -population à gouverner, mais dans la démonstration médiatisée et singulière de la violence.

L’État islamique, s’il s’agit bien d’un État, dément les liens qui existent entre ce type d’organisation politique et la science statistique. Étymologie du mot, la Statistik allemande, « science de l’État », se -développe dès le xviie siècle afin de donner au prince la description des territoires et populations, à la fois synthétique et pertinente, dont il a besoin pour gouverner.

Depuis, les relations entre État et statistiques n’ont fait que se renforcer. Pour le meilleur et pour le pire. C’est dans leur langage que les gouvernants des pays démocratiques rendent des comptes (taux de chômage, croissance, pouvoir d’achat… jusqu’aux sondages et indices boursiers). Elles ont également été mises à profit par les États totalitaires, avec souvent beaucoup de raffinement et d’efficacité, pour renforcer leur emprise.

Mais l’État islamique ne semble actuellement pas soucieux de gouverner. 

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