La voix du poète

Le Vote universel

Tout Français est électeur,
Quel bonheur ! Moi, tailleur,
Toi, doreur, lui, paveur ;
Nous v’là z’au rang d’homme ;
C’ droit qu’est not’ sang, qu’est not’ chair,
Nous coût’ cher ; or, mon cher, (bis)
Faut savoir c’ qu’on nomme.
Sachons bien (bis)
Élire un homme de bien,
Craignons bien (bis)
D’ prendre un propre à rien.

Oui, Giroux, t’es-t-électeur,
Pour fair’ bon choix, prenons garde,
S’agit pas d’ prendr’ un loupeur
Qui s’amuse à la moutarde.
Parler n’est rien, faut agir ;
Pas d’ gens à blagues suspectes ;
Puisque l’ monde est à r’bâtir,
Choisissons d’ bons architectes,
Tout Français, etc.

L’impôt juste y faut l’ payer ;
Mais si l’ minis’ des finances
Fait danser l’anse du panier,
Voilà c’ qui caus’ nos souffrances.
Sur le chiffre des budgets
Y a des carottes à rabattre,
Faut donc choisir des cadets
Sachant qu’ deux et deux font quatre.
Tout Français, etc.

Le chansonnier Eugène Pottier ne vivait pas de son art. Il fut emballeur, commis, dessinateur sur étoffes. Et l’immortel auteur, en 1871, des paroles de L’Internationale. Il rédige Le Vote universel en 1848, après que le suffrage universel masculin a été adopté. Ses mises en garde n’empêchent pas les Français d’élire Louis-Napoléon Bonaparte. 

Source : Chansons nationales et populaires de France, volume 1
Collaborateurs Théophile Marion Dumersan, Noël Ségur
Éditeur de Gonet, 1846

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