Entretien

« Si vous n’aimez pas l’Union, essayez la désunion ! »

Vous revenez d’un long reportage qui vous a conduit en Hongrie, en Pologne, en Italie et en Autriche. Pourquoi avez-vous entrepris ces voyages ?

Il y a eu un moment, en 2016, où je me suis dit que le monde changeait de bases partout, beaucoup plus qu’en 1989, l’année qui avait marqué la défaite d’un des deux camps de la guerre froide. En 2016, un des trois grands pays de l’UE, l’Angleterre, décide d’en sortir, et les États-Unis élisent Donald Trump, un homme qui, pendant sa campagne, avait dit se moquer de l’Alliance atlantique et ajouté que les Européens devraient se débrouiller tout seuls si l’Estonie était attaquée par la Russie. Là, tout était remis en question du consensus de l’après-guerre. 

Autant j’avais vécu intimement, intensément, les années qui avaient précédé la fin de la guerre froide, autant ces années menant à la redéfinition du monde, je ne les avais pas vécues de près. C’est une différence essentielle. Je ne me sentais plus légitime pour continuer d’analyser la situation. Pourquoi en était-on arrivé là ? Je n’étais pas sûr des réponses que je pouvais donner. Alors j’ai voulu tâcher de comprendre et je suis parti en reportage en Hongrie. Des interlocuteurs m’annonçaient que l’Europe chrétienne serait colonisée et remplacée par des hordes mahométanes ? Je leur demandais de développer cette idée. Il fallait ainsi écouter Viktor Orbán et ses partisans, parce qu’ils avaient des choses à dire, pour ensuite mieux les combattre.

Au cours de toutes ces rencontres, qu’est-ce qui vous a le plus choqué ? 

Dans le bureau du recteur de l’université de Budapest, un philosophe aimable et rond, pas du tout Goebbels, me dit : « Oui Monsieur, nous remettons en question les Lumières, le siècle des Lumières. » 

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L'Europe peut-elle repartir ?
Cet article est tiré du numéro L'Europe peut-elle repartir ?
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