Récit

Aux arbres, citoyens !

Le 23 février dernier, lors de la première édition d’Écolo-quence, un concours interuniversités organisé par l'Association des Juristes en Développement Durable de Paris Descartes, Anaïs Lasne a remporté le prix du public avec une plaidoirie dont nous publions ici un large extrait.

Il n’y a rien qui vous choque ? Seize degrés, en plein milieu de l’hiver. Je vous le dis, les amis, la cocotte fume. Winter is not coming !

À qui la cause ? La pollution, pour ne citer qu’elle. Comme l’a dit Hubert Reeves, nous naviguons en eaux troubles. Et vraisemblablement de plus en plus chaudes. L’idée n’est pas de vous faire un cours de biologie, mais la production de gaz à effet de serre engendrée par l’activité humaine ou par l’intestin des vaches est responsable du réchauffement climatique. Nous devons agir vite pour diminuer cet impact. Cette volonté doit être portée par tous les acteurs. Par vous tous, par moi, par tous ceux qui fourmillent autour de nous, et par le plus important : l’État.

Le monde changeant, l’État n’a pas pris le rôle de leader qui aurait dû être le sien. Il reste dans son domaine d’expertise et sa zone de confort : la création de taxes ! […] Pendant des millénaires, on n’était ni optimiste ni pessimiste, parce que les choses ne changeaient pas. Demain était semblable à hier. L’État français a pris cette maxime à la lettre. En matière environnementale, il ne se distingue que par une chose : son inefficacité. Il nous suffit de voir l’accord de Paris. À l’issue de longues nuits de discussions fastidieuses, d’ultimes arbitrages stressants, est signé le premier texte universel destiné à limiter le réchauffement. Deux degrés à ne pas dénigrer. La France agit. Elle est à la pointe mondiale de la lutte contre le réchauffement climatique. Elle ouvre les portes d’un succès historique. Et quels sont les résultats de cette bataille ? Les principaux États ont foutu dehors cet accord et demeurent pollueurs.

Où en est l’État ? Il a pris une décision majeure. Attention, teaser : il planche sur l’isolation thermique des bâtiments publics. La prochaine étape : anticiper le réchauffement en remplaçant les chaudières par des climatiseurs ? Même le pôle Nord fond plus vite. L’avantage, à ce rythme-là, c’est qu’on n’aura bientôt plus besoin de prendre la voiture pour aller à la mer.

Pendant que l’État fait des sommets avec des centaines d’invités qui viennent en jet privé pour le résultat que l’on connaît, d’autres acteurs jouent aux créateurs. Récemment, plusieurs entreprises ont construit une zone de symbiose industrielle où les déchets des uns deviennent les matières premières des autres. D’autres entreprises vont même jusqu’à créer des campus autonomes en énergie. Climat, confiance, finance… What else ?

Récemment, quatre associations ont lancé une pétition afin d’assigner en justice l’État. En quelques jours, on dépasse le record des 2 millions d’emballés. En plaçant l’État sur le banc des accusés, elles nous montrent que, dans ce domaine, il n’a jamais été question que de lui. À moins que la pollution ne s’arrête aux frontières. La vérité, c’est que notre maison brûle, et que l’État regarde ailleurs.

Avons-nous commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Avons-nous commencé à réduire l’utilisation de pesticides ? À enrayer l’érosion de la biodiversité ? À arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non.

Le réchauffement climatique, c’est le pire défi auquel l’humanité ait jamais été confrontée. La planète se transforme jour après jour un peu plus en une étuve. Or l’État s’accommode de la gravité et se fait complice de la tragédie en gestation.

Qui serait à la hauteur tout seul ? Certainement pas l’État. La force créatrice, novatrice, capable de fédérer les foules, c’est vous, c’est moi. C’est tout un chacun qui se lève et prend position. […] Savez-vous que si l’on place une grenouille dans un bocal d’eau tiède, elle va immédiatement en ressortir ? Tandis que si l’on place une grenouille dans un bocal d’eau froide et que l’on fait doucement monter la température, elle va frire comme un churro dans un bac d’huile.

Le regretté Jean d’Ormesson nous le disait : c’est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que celle-ci devient belle. C’est pareil pour la couche d’ozone, on est mieux avec.

Tout un chacun peut faire partie de ce mouvement qui dépasse les frontières, la nation, qui dépasse l’État. Et soyez sûrs que cette prise de conscience habite assurément les esprits new-yorkais, népalais, suédois, hongrois… Pour reprendre les paroles d’un plus grand : « Il y a un mec, là-haut, et plus on descend, plus on est nombreux. » Sept milliards d’individus. Sept milliards avant qu’il ne soit trop tard. Alors c’est vous, oui, moi. C’est ce naïf au coin de la rue qui regarde dans la même direction que nous. Ensemble, nous sommes la nation dans sa composition la plus belle. Nous avons nos convictions, souvent différentes, mais toujours présentes et fortes. Ce sont elles qui nous poussent à consommer bio, à prendre notre vélo ou à devenir écolo. Qui mieux que Nietzsche pour nous dire que l’homme est un pont et non une fin ?

Vous l’aurez compris, avec ces quelques mots, j’invite les étudiants, militants, marcheurs, veilleurs, consommateurs, acteurs de ce monde, à faire un choix. Celui du climat. Sans ça, l’humanité ne survivra pas. Alors levez-vous, si vous êtes convaincus qu’ensemble, depuis toujours et en cet instant plus encore, nous pouvons lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Levez-vous, si vous savez qu’à notre échelle – sept milliards d’individus – nous avons le pouvoir de changer nos habitudes. Levez-vous, si vous savez qu’ensemble nous pouvons changer le monde. Aux arbres, citoyens ! 

[…]
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