Les chiffres déchiffrés

La prostitution au secours du PIB !

170 milliards d’eurosen plus pour le PIB italien

L’Italie va intégrer les revenus (estimés à 170 milliards d’euros) de la prostitution, de la drogue et de la contrebande dans le calcul de son produit intérieur brut. Outre une revalorisation bienvenue de ses statistiques économiques, cette décision permet désormais ­d’inclure des secteurs d’activité qui ne connaissent pas la crise. 

Ce faisant, l’Italie se conforme aux préconisations européennes et rejoint les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Espagne. Eurostat, l’institut chargé ­d’orchestrer les statistiques des États membres afin de ­garantir leur compa­rabilité, est formel : « Les activités économiques illégales doivent être considérées comme des transactions quand toutes les unités parties prenantes le font par accord mutuel. Achat, vente ou troc de drogues illégales ou d’objets volés sont des transactions alors que le vol ne l’est pas. »

Cette injonction a suscité de vifs débats en France, au point que l’Insee refuse de prendre cette révision en compte dans ses publications et que Najat Vallaud-Belkacem et Joëlle Milquet, ministre de l’Intérieur belge, ont écrit leur indignation dans un courrier adressé à la ­Commission européenne.

Mais si cette controverse a attiré l’attention, la mesure des véritables enjeux n’a pas été prise. Les commentaires se sont beaucoup attachés aux problématiques éthiques posées par cette révision : peut-on parler d’accord mutuel s’agissant de ces activités ? Sans voir que ces pratiques sont déjà partiellement prises en compte dans les calculs actuels lorsqu’elles s’accompagnent par exemple d’une activité fiscalement identifiable (bars, clubs…). 

Non, la véritable question à se poser est : la richesse d’un pays s’évalue-t-elle à l’aune de ses transactions ? Si redressement il doit y avoir, il est urgent de reconsidérer ces conventions, qui déconsidèrent les activités se déroulant dans un cadre différent (activités domestiques, services non marchands). « Le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue », disait Bob Kennedy. 

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