Zakouski

Ce n’est qu’un début

Plage de Tijuana, 2018. Le perchiste mexicain Alex Limón s’entraîne près de la clôture frontalière.
© Cristina de Middel / Magnum Photos
Plage de Tijuana, 2018. Le perchiste mexicain Alex Limón s’entraîne près de la clôture frontalière.
© Cristina de Middel / Magnum Photos

Par milliers, ils marchent. Ils arrivent d’Amérique centrale, chassés de leurs terres par la sécheresse. Chassés par la violence des gangs urbains qui met en péril leur vie et celle de leurs enfants. Chassés par la corruption de dirigeants qui leur préparent un futur sans avenir. Ils ne marchent pas dans n’importe quelle direction. Vers l’Amérique. Là où d’autres Centraméricains ont migré bien avant eux. Bien avant Trump. Au temps où l’Amérique ouvrait encore ses bras. Par leur action spectaculaire, ils envoient un message à la terre entière : c’est ce puissant et négligent voisin qui a contribué à leur malheur. « Nous dormons dans le lit que vous nous avez fabriqué », semblent-ils crier à chaque pas, comme le souligne le professeur d’études chicanos Abel Valenzuela dans le grand entretien qu’il nous a accordé. 

Si les reportages télévisés sur cette « caravane » humaine ne manquent pas, nous avons tenu à consacrer un numéro du 1 à ce phénomène hors norme. Jamais de telles foules ne s’étaient ébranlées si massivement, rencontrant un tel écho sur leur passage. Ni autant de mains tendues pour les aider parmi les populations – simples citoyens du Mexique, policiers, gens d’Église, ONG. Des milliers de migrants marchent comme un seul homme ; des milliers de migrants, et les hommes ne sont pas les seuls à grossir les rangs de cet improbable convoi. On y trouve quantité de femmes, d’enfants, de bébés, des familles entières. Sans doute ne rêvent-ils pas de l’Amérique, en tout cas pas de cette Amérique qui se hérisse de murs et de diatribes trumpiennes coupantes comme tessons de bouteille à l’encontre des réfugiés. Mais pour tous ces gens, entre partir et mourir, le choix n’en était pas un. 

Que nous disent ces migrants ? Que c’est un début. Qu’ils sont une des pointes avancées, de la Méditerranée à l’Asie, de ce mouvement universel qui scande notre siècle. Il va falloir vivre avec, et non contre. D’où la pertinence de l’appel lancé en juin par de nombreux chercheurs « pour un GIEC des migrations et de l’asile* », une initiative prônant une approche globale de ces questions, comme pour le climat. Sur la terre comme au ciel, il est urgent de se parler. Et d’agir ensemble. Vite. 

* www.giema.eu. Le GIEC est le Groupe international d’experts sur le climat créé en 1988 à la suite d’une initiative politique internationale.

[…]
Haut de page

Tous les numéros du 1

Sommaire