Les mineures, cibles idéales

En France, le nombre de victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle a considérablement augmenté au sein de la communauté nigériane ces deux dernières années. Selon le dernier rapport du GRETA – un groupe d’experts en lutte contre la traite des êtres humains, rattaché au Conseil de l’Europe –, cette recrudescence concerne tout particulièrement des mineures de moins de 15 ans, les plus jeunes étant âgées de seulement 11 ans. Un phénomène observé par le Bus des femmes, une structure parisienne destinée aux personnes prostituées, où « 300 à 400 victimes potentielles de traite sont identifiées chaque année », selon sa responsable, Vanessa Simoni. Au plus fort de la crise migratoire, 85 mineures ont été prises en charge par l’association. « L’ouverture des routes migratoires a facilité leur passage, plus difficile auparavant car il devait s’effectuer par avion », explique-t-elle. Les trafiquants ont tout intérêt à choisir de jeunes victimes, celles-ci étant « plus impressionnables, plus contrôlables ». 

Depuis 2017, un autre phénomène inquiète également les autorités et les associations spécialisées : l’augmentation de cas de traite de jeunes françaises dans les quartiers défavorisés des grandes villes et leurs alentours. Élisabeth Moiron-Braud, secrétaire générale de la Miprof, une mission interministérielle pour la protection des victimes de traite, parle de « l’effet Zahia », du nom de l’escort-girl mineure médiatisée en 2009 dans le cadre d’une affaire impliquant des joueurs de l’équipe de France. Des mineures « en rupture familiale, très fragilisées », ayant fait le choix de se prostituer « pour gagner un peu d’argent » sont repérées par « de jeunes délinquants, souvent d’anciens trafiquants de drogue français ». Pour les attirer sous leur joug, ces derniers leur promettent hébergement et protection. Parmi ces jeunes filles, « certaines sont victimes de traite », explique Élisabeth Moiron-Braud. En 2017, 14 réseaux de ce type ont été démantelés, toujours selon la Miprof. Le deuxième plan national de lutte contre la traite des êtres humains, attendu pour décembre 2018, portera une attention particulière aux mineures et aux migrants, deux populations particulièrement vulnérables.

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