La voix du poète

Congrès international de la peur


Carlos Drummond de Andrade  (1902-1987), La Mort dans l’avion et autres poèmes, traduction française d’Ariane Witkowski © Chandeigne, 2005

Provisoirement nous ne chanterons plus l’amour,
il s’est réfugié plus bas que les souterrains.
Nous chanterons la peur qui stérilise les étreintes,
nous ne chanterons plus la haine car elle n’existe pas,
il n’existe que la peur, notre mère et notre compagne,
la grande peur du sertão, des déserts, des océans,
la peur des soldats, la peur des mères, la peur des églises,
nous chanterons la peur des dictateurs, la peur des démocrates,
nous chanterons la peur de la mort et la peur d’après la mort,
puis nous mourrons de peur
et sur notre tombe surgiront des fleurs jaunes apeurées.

En 1937, le président brésilien Getúlio Vargas se mue en dictateur. Et le haut fonctionnaire Carlos Drummond de Andrade, qui l’avait d’abord soutenu, se change en poète résistant. Dans Sentiment du monde, il confronte son lyrisme aux questions sociales. Même les émotions individuelles se soumettent à la peur collective. 

 

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