La voix du poète

Jack’s Blues

Robert Creeley (1926-2005), La Fin, traduit de l’anglais par Jean Daive © Éditions Gallimard, 1997© The Regents of the University of California, 1982

Je vais me rouler
un joint et fumer, mettre
un éléphant dans l’herbe. Je m’en vais
et je ne reviens plus. 

Quoi de mieux que cela.
Étendu sur le dos, à plat
sur le dos, les yeux
grands ouverts.

Oh la vision est bleue, j’ai vu cela
aussi, hier et toi,
les yeux rouges et bleus
apeurés.

Je vais me rouler 
une couverture et la fumer, mettre
la voiture au garage et je m’en 
irai comme une vieille bougie triste.

 

I’m going to roll upa monkey and smoke it, putan elephant in the pot. I’m going outand never come back.

What’s better than that.Lying on your back, flaton your back with youreyes to the view.

Oh the view is blue, I saw thattoo, yesterday and you,red eyes and blue,funked.

I’m going to roll upa rug and smoke it, putthe car in the garage and I’mgone, like a sad old candle.

Jack Kerouac écrivait au rythme du blues. Son ami Creeley aussi, avec les mots les plus usuels. Comme l’argot de la drogue pour ce poème de 1962, où le plaisir du voyage immobile qu’est la défonce se teinte de mélancolie. « Celui qui aura recours à un poison pour penser ne pourra bientôt plus penser sans poison », expliquait Baudelaire. 

 

 

[…]
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