La voix du poète

Des armes

Léo Ferré (1916-1993), Extrait de « Lamentations devant la porte de Sorbonne » (1968), repris dans l’anthologie Chants de la fureur, Gallimard / La Mémoire et la Mer, 2013 © La Mémoire et la Mer

Des armes, des chouettes, des brillantes,
Des qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu’il faut caresser comme pour le plaisir,
L’autre, celui qui fait rêver les communiantes.
Des armes bleues comme la terre,
Des qu’il faut se garder au chaud au fond de l’âme,
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d’une femme,
Qu’on garde au fond de soi comme on garde un mystère.

Des armes au secret des jours,
Sous l’herbe, dans le ciel et puis dans l’écriture,
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures,
Et qui mettent la poésie dans les discours.
Des armes, des armes, des armes,
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d’un vers français brillant comme une larme.

Les mots c’est fascinant comme un revolver, et ça tue pareil. Contre le langage militaire de l’État, voici un art poétique comme un pavé, mystérieux comme un nouveau monde. Chantés pour la première fois en 2001 par Noir Désir, ces vers ont été écrits par Léo Ferré peu après la révolte collective de Mai 68. 

 

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