La voix du poète

La dernière ronde

Franc-Nohain (1872-1934), Extrait des Chansons des trains et des gares, Éditions de la Revue blanche, 1899

Par Céline Deveaux
Par Céline Deveaux

Nous n’irons plus aux gares,
Tous les trains sont coupés :
Il s’est bien rattrapé,
Le syndicat Guérard !
Orléans, Saint-Lazare
Et la gare du Nord,
Et Montparnasse encor,
Lyon, l’Est, et Sceaux même, –

Nous n’irons plus aux gares,
Tous les trains sont coupés...
Ah ! que Dieu nous pardonne !
Qu’est-ce que nous ferons :
Rester à la maison, –
(Femme, enfants, et la bonne) !... –
Ne plus prendre le train,
Reprendre le train-train,
De la vie monotone...
Comme le temps me dure
De la grande ceinture !
Allons plutôt à pié
Jusques à Saint-Mandé...

Et l’on vendra les rails
À la vieille ferraille,
Et l’on prendra les disques
Pour jouer aux oubliés
À un sou la partie :
– Tâche d’en gagner dix !... –

Nous n’irons plus aux gares,
Tous les trains sont coupés :
La belle que voilà
Ira les ramasser. –
...

À la fin du XIXe siècle, le réseau ferroviaire français est exploité par des compagnies privées. Ce qui n’empêche pas les grèves, comme s’en amuse Franc-Nohain. Sur l’air d’une comptine, le poète comique, habitué du Chat noir, dit le désarroi du bourgeois coincé chez lui. En 1909, l’État unifiera le régime de retraite des cheminots. 

 

[…]
Haut de page

Tous les numéros du 1

Sommaire
Repères illustrésUne idée neuveJochen Gerner