La voix du poète

Discours en vers sur la calomnie

Marie-Joseph Chénier (1764-1811),

Nous avons parmi nous détruit la tyrannie.
Ne détruirons-nous pas l’impure calomnie ?
J’entends déjà frémir, au nom de Liberté,
Ce monstre enorgueilli de son impunité.
Les lois à son poignard opposent leur égide ;
Mais, bravant du sénat la justice rigide,
Il insulte au courroux des impuissantes lois,
Et de la renommée usurpe les cent voix.
      D’écrivains, d’imprimeurs quelle horde insensée
Diffame ce bel art de peindre la pensée !
Dans ce nombreux essaim, doublement indigent,
Nul n’a besoin d’honneur, tous ont besoin d’argent.
      À la honte aguerris, ces forbans littéraires
Ont mis leur conscience aux gages des libraires.
Envieux par nature, et brigands par métier,
Ils vendent l’infamie à qui veut la payer ;
Et, meublant de Maret la boutique infernale,
Ils dînent de mensonge, et soupent du scandale.

1797

Parce que son frère André mourut sous la guillotine, on accusa Marie-Joseph Chénier de lâcheté. Le député montagnard répondit en poète à Maret, directeur du Moniteur universel, et autres journalistes calomniateurs de son aîné. Des alexandrins contre ceux qui manipulent l’opinion, au détriment de la parole des victimes. 

 

[…]
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