Le mot de...

[Mozart]

Notre chorale se portait mal, faute d’un chef ayant une véritable autorité. Pour tout dire, c’était un joyeux bordel. Tout a changé depuis que nous sommes dirigés par un robot. MZ/222 – c’est son nom – nous a tout de suite conquis par ses compétences et son charisme. Il connaît sur le bout des boulons tout le répertoire de la chanson française, de Fréhel à Julien Doré, sans s’aider de textes ni de partitions. C’est vrai aussi pour n’importe quel opéra, cantate ou sonate d’église. Sa tessiture vocale est exceptionnelle : MZ/222, que nous appelons familièrement Mozart, excelle en stéréo dans tous les registres, ténor, basse, alto ou soprano. Et plus besoin de notre vieille pianiste qui tentait tant bien que mal de nous accompagner : le chef de chœur assure lui-même, quand c’est nécessaire, les instruments à cordes ou les percussions. Mozart est un génie !

Avec lui, nous chantons parfaitement à l’unisson. Le départ est donné par la petite lampe verte qui s’allume sur son front et qui est précédée, une seconde plus tôt, par une lueur orange. Lorsque le feu est rouge, en revanche, on entendrait une mouche voler.

MZ/222 garde son calme en toute circonstance et ne cède jamais au découragement. Son autorité naturelle se double d’un moral d’acier. 

À la répétition d’hier cependant, il s’est passé une chose troublante. Un papillon, entré par la fenêtre ouverte, a voleté dans la pièce avant de se poser sur la baguette du chef. Celui-ci a été pris alors de mouvements saccadés, émettant des bruits stridents, et toutes ses lampes, verte, orange et rouge, se sont mises à clignoter. Mozart avait pété les plombs. 

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