La voix du poète

Le plus beau vers de la langue française

par René de Obaldia (né en 1918), Innocentines © Éditions Grasset & Fasquelle, 1969

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l’air
Le plus beau vers
De la langue française.

Ai, eu, ai, in
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin…

Le poite aurait pu dire
Tout à son aise :
« Le geai volumineux picorait des pois fins »
Eh bien ! non, mes zinfints.
Le poite qui a du génie
Jusque dans son délire
D’une main moite
A écrit :

« C’était l’heure divine où, sous le ciel gamin,
LE GEAI GÉLATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. »

Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji.
Là, le geai est agi
Par le génie du poite
Du poite qui s’identifie
À l’oiseau sorti de son nid
Sorti de sa ouate.

Quel galop !
Quel train dans le soupir !
Quel élan souterrain !
...

 

Le langage est parfois une machine qui tourne à vide, comme l’être humain. Ou comme un professeur qui trébuche sur la phonétique. Oubliez « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » de Racine. Le roi de l’alexandrin est René de Obaldia, dramaturge de l’absurde, immortel presque centenaire. 

 

[…]
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