Ode au secoueur de viande

Tous ceux qui, par bombes rigolardes, traits d’esprit en saillie, fourberies canonnées, ont par milliers fait dérailler trains du sérieux, convois de certitudes, conteneurs de bon goût bardés de morale ou wagons remplis de gens qui savent et ne voient la beauté que dans les belles choses, sont pour moi depuis toujours des libérateurs à qui nous devons autant qu’à ces courageux et intrépides soldats qui nous ont débarrassés de toutes les dictatures. 

Parmi les nombreuses tentatives de définition de l’humour qui ont permis aux éditeurs de dictionnaires de citations de s’offrir un cabriolet italien, des gants fourrés d’hermine ou un bain de lait d’ânesse, celle que je préfère de loin est d’Otto Julius Bierbaum : « L’humour c’est lorsque l’on rit quand même. »

Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer pourquoi je la préfère, l’explication étant, comme vous ne l’ignorez pas, toujours plus petite que ce qui est.

Je vous laisse avec cette petite cavalcade que l’on peut s’éviter pour ne pas perdre le temps que vous pourriez consacrer à Mark Twain, Queneau, Dubillard, Georges Fourest et à tous ces amoureux de l’extravagance, du pas de côté, du monde à l’envers, de l’issue de secours, de l’insolence d’être soi et du chant des baleines devant la lune :

Ami du diable, frère du scandale, fierté des faibles, trappe à bêtises, tueur de chagrins, terreur du juge, repousse raison, feu de l’émeute, sursaut de l’âme, bourreau des cons, jour dans la nuit, trace d’enfance, bonheur frivole, plaisir infâme, contrepoison, brûleur d’ennui, cri de détresse, secoueur de viande, fête de soi, libre en éclats, nous te saluons, Le Rire ! 

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