Reportage

Les séries télé turques révèlent les femmes

Les séries télévisées sont-elles devenues le nouveau soft power d’Ankara ? D’Afrique du Nord au Moyen-Orient, en passant par les Balkans, ces feuilletons populaires battent des records d’audience qui rapporteraient environ 100 millions de dollars par an à la Turquie. 

Fatmagul, Les Mille et Une Nuits, ou encore Le Siècle magnifique… des séries qui s’attaquent aux tabous d’une société sur laquelle pèsent de lourdes traditions. Elles plaisent particulièrement aux femmes, dont certaines leur vouent un réel culte, au point de favoriser le ­développement du tourisme à Istanbul. Ces dernières n’hésitent d’ailleurs pas à voyager pour se rendre sur les décors de leurs feuilletons préférés, comme celui de la villa de Nour (95 millions de téléspectateurs) sur les rives du Bosphore. 

Ce succès, ces séries le doivent notamment à des récits réalistes faisant écho à la vie quotidienne de la population turque. Les scénaristes abordent des sujets sensibles tels que le viol, la nudité, le mariage forcé ou encore la pression religieuse. 

Dans son documentaire Kismet (2013), Nina Maria Paschalidou démontre que ces nouvelles formes de fictions proposent aux télé­spectatrices un idéal de la femme moderne. Selon Beren Saat, l’interprète de Fatmagul, les femmes du Moyen-Orient s’identifient facilement à son personnage. « Les pressions religieuses dépeintes dans la série sont très similaires à celles qu’elles subissent, explique l’actrice turque. Elles savent que nous sommes un pays musulman. Elles voient des femmes arborant des vêtements qu’elles voudraient porter. Le personnage de Fatmagul est maître de ses décisions, cela donne de l’espoir aux télé­spectatrices ». Certaines victimes d’agressions sexuelles, encouragées par l’assurance de personnages comme Nour et Fatmagul, se sont décidées à porter plainte.

D’autres voient cet engouement d’un mauvais œil. Hanadi Al Jabar, sociologue aux Émirats arabes unis, regrette que ces feuilletons incitent les téléspectatrices à s’émanciper.  « Les femmes commencent à ­demander le divorce. Elles ne comprennent pas pourquoi leur mari ne les aime pas de la même manière que les hommes aiment le personnage de Nour dans la série », dit-elle drapée dans son tchador. 

Qu’elles soient ­défendues ou blâmées, ces ­fictions suscitent de vives ­réactions dans le monde arabe. Une occasion pour la Turquie d’exporter son influence culturelle hors de ses frontières. 

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