Témoignage

« Je me demande comment ça va évoluer »

Je travaille comme caissière dans un supermarché parisien depuis 2011. Dans ce magasin, ils ne proposent que des contrats de trente heures, ce qui fait que je gagne entre 900 et 1 000 euros par mois. Je voudrais travailler plus, mais je ne peux pas me plaindre parce qu’au moins, j’ai un CDI. J’ai un travail qui me donne un but, qui fait que je me lève tous les matins.

Pour l’instant, je m’en sors car je ne paye presque pas mon logement. Je vis avec ma fille et mon mari chez ma belle-sœur, à Drancy. On a toujours fait comme ça. Je participe au loyer (environ 80 euros), aux courses (80 euros, aussi), à l’électricité (35 euros). Depuis trois mois, je dois rembourser des dettes par tranche de 150 euros. Il y a aussi le forfait téléphonique, la cantine de la petite… J’ai peu de loisirs, un resto ou un verre par-ci, par-là. Mon plaisir à moi, ce sont les vêtements. Je suis coquette ! De temps en temps, je peux m’en acheter, mais je me restreins. J’adore aussi me faire les ongles, quand j’ai un petit peu de sous économisés. Mais je préfère mettre de côté, une centaine d’euros chaque mois, pour les vacances de la petite. C’est comme ça que j’ai réussi à l’emmener en Espagne cet été. Les économies de toute une année. Et quand septembre arrive, les comptes retombent à zéro. Je m’en sors donc, mais je me demande comment ça va évoluer.

Avec mon mari, nous sommes en train de divorcer. En tant que mère isolée, je sais que je vais toucher certaines aides, mais je ne sais pas trop lesquelles. Ma fille vient de passer l’âge des 3 ans, donc je ne touche plus la Paje (prestation d’accueil du jeune enfant), une aide de 184 euros par mois. J’ai fait une demande en résidence sociale il y a quatre mois, j’attends leur réponse. J’ai peur pour les premiers mois, je sais que les aides n’arrivent jamais tout de suite. C’est dur.

Je ne suis pas en colère, parce que je travaille et parce que j’ai l’espoir d’évoluer dans ce métier. Je m’en donne la volonté. Je voudrais devenir responsable de magasin. Pour ça, il ne faut pas lâcher. Il faut avoir la tête solide. Ce jour-là, peut-être, je pourrai aller voir le monde. J’ai déjà vu le Maroc et l’Espagne. Je rêve de voir la Thaïlande, de m’envoler loin. 

Propos recueillis par M.P.

 

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