Ailleurs, ça se passe comme ça

Évaporation scolaire en Italie

Marinare la scuola – « mariner l’école » – c’est l’expression italienne qui signifie « sécher l’école ». Difficile de savoir si elle reflète l’attrait de la mer, mais le fait est que les jeunes Italiens sont nombreux à fuir l’école obligatoire bien avant leurs 16 ans. Le phénomène a pu être mesuré avec précision grâce à un nouvel outil, le rapport d’autoévaluation des écoles (RAV), dont les données pour les années scolaires 2013-2014 et 2014-2015 ont été publiées au printemps. C’est en Sicile que la situation est la plus alarmante. Dans un quartier populaire de Palerme, Brancaccio, l’école Pertini a déclaré un taux de décrochage de 17 % parmi ses élèves en 2015, le plus élevé d’Italie. Et il s’agit là d’une scuola media, qui correspond aux trois premières années de collège en France : on a donc affaire à des élèves de 11 à 13 ans. Près de 2 000 enfants siciliens (sur 7 700 pour toute l’Italie) quittent l’école avant 13-14 ans, ce qui représente un taux de décrochage de 1,2 % contre 0,5 % au niveau national. Au lycée, surtout dans les filières professionnelles, les abandons augmentent de classe en classe : en moyenne, sur les quinze dernières années, 31,9 % des élèves italiens n’ont pas terminé leurs études secondaires ! Le Code pénal, il est vrai, ne sanctionne les parents que s’ils n’envoient pas leurs enfants à l’école primaire.

Où disparaissent donc les 50 000 jeunes Italiens qui quittent chaque année le système scolaire avant 16 ans ? Dans l’économie informelle, qui fournit une foule de petits boulots, même à des enfants, et, pour certains, dans l’économie criminelle. Une étude de l’OCDE estime que l’économie souterraine en Italie représenterait environ 20 % du PIB, deux fois plus qu’en France. Autre particularité italienne : un faible taux de diplômés du supérieur qui la place bonne dernière dans l’Union européenne avec 26 % de diplômés chez les 30-34 ans (en progrès toutefois, car c’était 13 % en 2002). Il y a une rationalité dans ce désintérêt pour les études : 53 % des diplômés sont encore au chômage trois ans après leur sortie de l’université. Autant travailler dès que l’occasion se présente, ou alors s’expatrier… 

 

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Ailleurs, ça se passe comme çaÉvaporation scolaire en ItalieSophie Gherardi