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Les Mains du miracle

Il laboratorio…, Ugo Mulas, 1972 © Centre Pompidou, Mnam-cci, Dist. Rmn-Grand Palais / Philippe Migeat © D.R.
Il laboratorio…, Ugo Mulas, 1972 © Centre Pompidou, Mnam-cci, Dist. Rmn-Grand Palais / Philippe Migeat © D.R.

Les mains, en littérature, n’ont pas toujours bonne réputation. Quand elles n’éveillent pas le frisson de l’érotisme, c’est qu’elles servent le bras armé du crime. À moins de leur trouver un usage plus insolite, comme le rappelle Joseph Kessel dans Les Mains du miracle, superbe roman biographique qui conte l’histoire véridique du dénommé Felix Kersten. Né en Estonie mais citoyen finlandais, Kersten était devenu dans les années 1920, grâce aux leçons d’un lama tibétain, l’un des plus grands spécialistes du massage thérapeutique. Ses mains étaient « larges, massives, charnues, chaleureuses ». Des mains « munies d’une clairvoyance inconnue au commun des hommes », capables d’éveiller les sens et de réduire les douleurs au silence. Sa clientèle huppée réunissait les grands d’Europe, et parmi eux un petit homme redoutable, au teint gris et aux lunettes cerclées de fer : Heinrich Himmler. Le masseur finlandais n’avait pourtant rien d’un nazi convaincu. Mais il comprit rapidement l’influence qu’il pouvait exercer auprès du maître de la SS. Jusqu’à la fin de la guerre, Felix Kersten usera de ses pognes miraculeuses pour soigner les crampes d’estomac du bourreau, profitant de son ascendant pour arracher des milliers de victimes à l’enfer, empêchant notamment la déportation vers l’est des Hollandais ou le dynamitage des camps de concentration… Fidèle à son sens du récit, Kessel offre là l’histoire incroyable – et méconnue – d’un Juste oublié par l’histoire. Un homme aux doigts d’or en lutte contre « l’empire des fous furieux », à la seule force de ses mains.  

Joseph Kessel, Les Mains du miracle, Folio, 2013

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