Parti pris

Femme d’État

Il y avait du minéral en elle. Du diamant. Une sorte de calme évidence et de sérénité. Ce qui frappait d’emblée, c’était sa détermination. Toute sa personne dégageait un mélange de force, de courage et d’intelligence très rare. Elle avait sans discussion possible ce qu’on appelle un caractère (et donc accessoirement un mauvais caractère), un tempérament, une carrure. Qui peut douter qu’elle aurait pu être Premier ministre ou chef de l’État ? Il lui suffisait d’apparaître pour incarner la légitimité républicaine. Elle possédait tout à la fois l’indispensable autorité naturelle et cette distance qui suscitent le respect. Elle revenait de si loin, mais revient-on jamais d’Auschwitz ? 

Sans le vouloir, elle portait sur ses épaules la tragédie de la persécution des Juifs d’Europe. Sans l’avoir recherché, elle était entrée dans le cercle étroit des grandes figures qui ont marqué l’histoire de l’émancipation des femmes en imposant la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Sans rien oublier, elle symbolisait la réconciliation franco-allemande du haut du perchoir du Parlement européen.

Mais elle était bien plus, et c’est ce qui explique l’attachement mêlé d’admiration que les Français éprouvent à son égard. Elle concentrait ardeur et conviction, parlant cash, selon le mot d’aujourd’hui. Non pas pour choquer, mais pour se rapprocher au plus près de sa vérité. Sans jamais transiger. Cette femme d’État était surtout une juste. 

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