Le mot de...

[Stabilité]

Enlevé en mars 2007 par Al-Qaïda, notre compatriote vient donc d’être libéré. Pendant ces dix années, ses ravisseurs l’ont tenu dans l’ignorance totale des affaires du monde. 

C’est avec soulagement qu’il a appris l’élimination de Ben Laden. Il a fallu cependant lui dire qu’un calife s’était autoproclamé, à la tête d’un État islamique en Irak et en Syrie. Et que l’on ne compte plus les attentats commis en son nom, en France notamment.

L’ex-otage en était resté à George Bush. « Quoi ? Les États-Unis se sont donné un président noir ! Et vous me dites qu’il a charmé la moitié de la planète. Mais c’est formidable… Ah bon ? Il n’est plus en fonction ? Et qui donc le remplace ? »

Ayant demandé si Benoît XVI avait joué un rôle dans sa libération, notre compatriote a appris avec stupéfaction que ce pape, épuisé, avait démissionné. Il s’est enquis ensuite de Dominique Strauss-Kahn, nommé à la tête du FMI juste avant son enlèvement. Là, il a fallu lui raconter l’histoire de Nafissatou Diallo et de Dodo la Saumure…

 « Ne le perturbez pas davantage, insistez plutôt sur ce qui n’a pas changé », conseillaient les psychologues. En effet, les exemples de stabilité ne manquent pas : Poutine, Erdogan, Bouteflika, Mugabe… Les conflits israélo-palestinien, indo-pakistanais et coréen sont gelés. Le réchauffement climatique se confirme. L’Europe persévère dans ses divisions. Et la Chine, toujours communiste, continue à produire le plus grand nombre de milliardaires. 

« Décidément, s’est exclamé l’ex-otage, il ne s’est rien passé de positif depuis dix ans ? » On a failli alors lui parler du printemps arabe, mais on s’est ravisé. 

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