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Kagamé le « méchant » ougandais

À l’âge de quatre ans, Paul Kagamé est parti en exil en Ouganda et n’est revenu au Rwanda que vingt-neuf ans plus tard. Il est évidemment plus ougandais que rwandais. Il n’a pas été un enfant modèle et n’a pas laissé de souvenirs impérissables. Le petit Paul était surnommé Kagome, c’est-à-dire le méchant. Mis à la porte de l’école, la rue était devenue son domaine. Il y survivait de petits trafics…

Après avoir perdu les élections de 1980, Yoweri Museveni, jusqu’alors ministre de la Défense ougandais dans le gouvernement de Milton Obote, prend le maquis et crée la NRA (National Resistance Army) avec quelques jeunes exilés rwandais. Parmi eux, Fred Rwigema qui fait venir à ses côtés son ami d’enfance, Paul Kagamé. Celui-ci a alors 21 ans. Maladif, peu apte au combat, il est affecté à la collecte des renseignements.

Grâce aux soldats rwandais, Museveni renverse Obote et prend le pouvoir à Kampala en janvier 1986. Fred Rwigema prend la tête de l’armée avec le titre de chef d’état-major, puis de vice-ministre de la Défense. Son ami Paul Kagamé est nommé à la tête des services de renseignements militaires de l’armée ougandaise, la DMI (Directorate Military Intelligence). Installée à Basima House à Kampala, cette agence va s’illustrer par sa violence. Son chef est d’ailleurs surnommé Pilato, en référence à Ponce Pilate. Il traque les opposants avec cruauté.

« Pendant près de quatre ans, Paul Kagamé a commandé Basima House où il a torturé et massacré des Ougandais innocents à une fréquence journalière », lit-on dans la Lettre d’information de la Coalition ougandaise pour la démocratie de janvier 1993, qui poursuit ainsi : « C’est Kagamé qui a introduit les formes suivantes de torture : étouffer la victime en lui couvrant la tête d’un sac plastique fortement serré autour du cou jusqu’à mourir par suffocation ; chocs électriques à travers les testicules ; attacher de lourdes roches aux testicules, conduisant ainsi à la mort et aux dommages physiologiques et psychologiques permanents. Cependant, la forme la plus redoutée est Akandooya, qui consiste à ligoter ensemble les bras et les pieds par-derrière le dos, la personne formant un cercle. Cette méthode a été appliquée à des milliers de victimes mortes ou laissées les membres endommagés pour toujours. Faire couler du caoutchouc ou du plastique brûlant sur les prisonniers ; faire exploser des coups de pistolet contre l’oreille du prisonnier, entraînant sa surdité instantanée ; forcer le prisonnier à boire de l’urine, du mazout, de l’eau savonneuse ; battre les prisonniers avec un câble métallique. » 

Le « méchant » a pu tester ses « spécialités » dans la province de l’Acholi quand la NRA poursuivait les restes des troupes de l’UNLA de Milton Obote. Dès le mois de septembre 1986, les journaux de l’opposition parlent d’« atrocités » et d’« actes incroyables » – incluant massacres de civils, incendies de villages, tortures. Et, en décembre, ces accusations sont relayées par les médias internationaux. L’évêque de l’Église d’Ouganda, Ogwal, déclare que, dans l’Acholi, les troupes se comportent encore plus mal que du temps d’Idi Amin Dada. Le terme « génocide » est employé pour qualifier les agissements de la NRA contre les Acholis… .

 

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