La voix du poète

Pang Yun
Rien je ne jette

Jour après jour je ne fais rien de rare ;
Mais je m’y tiens tout naturellement.
Rien je ne jette et de rien ne m’empare ;
Je ne suis pas plus absent que présent.

Du violet ou du rouge qui prime ?
Nulle poussière au flanc du vert coteau.
Les surpouvoirs, l’activité sublime ?
Chercher du bois et transporter de l’eau ! 

Poètes bouddhistes des Tang, traduit du chinois par Paul Jacob, Gallimard, « Connaissance de l’Orient ».
© Éditions Gallimard, 1987

Ne substituons pas au règne de la marchandise celui des idées. Fasciné par son image dans le miroir, comment l’homme peut-il espérer échapper à l’inces­sante répétition de la souffrance et du désir ? À son arrivée en Chine, le bouddhisme se métamorphose sous l’influence ­notamment du taoïsme. L’une de ses écoles, le chan (en japonais, zen), se méfie de l’analyse des textes, des pensées doctrinaires ; elle lui préfère le rapport direct d’un maître à son disciple : une pratique. Rien ne semble plus ordinaire pourtant que le mode de vie que Pang Yun, poète chinois du viiie siècle, nous présente dans ces vers. Aucune référence à une quelconque illumination. Où sont passés les pouvoirs surnaturels attribués aux bouddhas ? Après avoir coulé ses biens dans une rivière, Pang Yun ne devint pas moine mais vécut, laïc, de la fabrication d’ustensiles en bambou. Une existence sans richesse matérielle : à quoi bon distinguer le violet du rouge, couleurs des habits des hauts mandarins ? Mais n’allons pas le croire un ascète adepte des mortifications. Celui qui suit la voie du milieu évite l’attirance comme la répulsion. Pang Yun ne fait rien de rare mais s’y tient tout naturellement. Nulle poussière ne se glisse entre son œil et le réel. Il porte une attention sans visée aux actes les plus simples. Les Paroles du laïc Pang comprennent, outre des dialogues, quelque cent cinquante poèmes. Des vers didactiques pour nous enseigner que la voie est facile. Dans une société trop gloutonne, il ne s’agit que de mettre en ordre nos affaires.  

À lire également, Les Saisons bleues de Wang Wei aux éditions Phébus.

 

 

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