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L’air noir du parc Yasuni

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C’était une belle idée exprimée en 2007 à la tribune des Nations unies par le président équatorien Rafael Correa. Une de ces idées qui font croire en l’homme. Certains avaient pris son appel pour un chantage écologique. Une variante latino-américaine de Bartleby, fameux personnage d’une nouvelle d’Herman Melville, marquant son refus d’agir par cette formule restée célèbre : « je préférerais ne pas ». Pour préserver le parc Yasuni, un paradis de bio­diversité, réserve unique au monde pour de multiples espèces d’oiseaux, de poissons et d’arbres, le chef de l’État avait lancé une proposition étonnante : en échange de la non-­exploitation du pétrole enfoui dans le sous-sol du parc naturel, il demandait aux pays consommateurs 3,6 milliards de dollars sur douze ans, soit la moitié des recettes qu’aurait procurées à l’Équateur l’exploitation de cet or noir. Il n’y aurait eu ni forages ni rejet de 400 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Les pays du Nord se sont gratté la tête, ont salué l’initiative, ont gardé leur argent. En 2010, à peine 13 millions de dollars avaient été versés. L’an passé, constatant l’échec de sa campagne mondiale, l’Équateur a décidé d’exploiter les champs pétrolifères du parc Yasuni. La biosphère ira respirer ailleurs. Ça ne manque pas d’air, la croissance.  

 

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