L'oeil du 1

Un héritage difficile

L’Amérique de Donald Trump est, d’abord, celle dont il hérite de Barack Obama. Un pays schizophrène : « meilleur et plus fort », selon le président sortant, avec une économie en effet retrouvée – 15 529 000 emplois créés entre janvier 2010 et fin 2016 ; un chômage au plus bas à 4,9 % ; une croissance moyenne de 1,5 % depuis huit ans – mais une nation toujours minée par les inégalités et dont les statistiques flatteuses sont parfois trompeuses. 

Les États-Unis connaissent depuis l’année 2010 une fracture révélatrice de la soudaine inégale répartition de la richesse qu’ils produisent. Jusqu’à cette date charnière la pauvreté évoluait en fonction du chômage. Elle progressait avec lui, mais reculait aussi lorsque l’emploi retrouvait des couleurs. Ce lien vertueux est désormais rompu. Les statistiques du Supplement Nutrition Assistance Program (SNAP), un dispositif fédéral d’aide alimentaire destiné aux personnes à faibles revenus qui ont besoin d’une assistance financière pour se nourrir décemment, sont édifiantes. Alors que le chômage est passé au-dessous de la barre des 5 % fin 2016, plus de 43 millions des 319 millions d’Américains bénéficiaient de cette aide, soit 13,5 %. Accordée à toute personne seule gagnant moins de 990 dollars net par mois, cette allocation est de 125,51 dollars mensuels. Pour une famille de quatre personnes dont les ressources sont inférieures à 2 025 dollars, elle s’élève aujourd’hui à 254,84 dollars.

L’Amérique du plein-emploi n’est pas une Amérique heureuse. Les inégalités financières s’y creusent en même temps que les inégalités ethniques. Là encore, les chiffres sont révélateurs. Fin 2015, le taux de chômage global s’élevait à 5,3 %. Pour les Blancs, il n’était alors que de 4,6 %. Pour les Asiatiques, il descendait même à 3,8 %. En revanche, il était de 6,6 % chez les Hispaniques et de 9,6 % chez les Afro-Américains. Les écarts sont encore plus significatifs pour les 16-19 ans. Dans cette tranche de la population, le taux de chômage moyen est de 16,9 % ; il chute à 14,8 % chez les Blancs et à 14,4 % chez les Asiatiques, mais bondit à 19,3 % chez les Hispaniques et 28,8 % chez les Noirs. Lourd passif ! 

[…]
Haut de page

Tous les numéros du 1

Sommaire