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Un smartphone équitable

Le Fairphone disséqué

par Greygouar
par Greygouar

95 € : taxe sur la valeur ajoutée et pour le recyclage des déchets électroniques
23 € : marge des revendeurs du Fairphone
230 € : coût des matériaux La fabrication du Fairphone 2 mobilise des fournisseurs de composants dans 12 pays : Chine, Japon, Corée du Sud, États-Unis, Thaïlande, Malaisie, Taïwan, Suisse, Pays-Bas, Allemagne, Arabie saoudite et Italie. L’étain et le tantale viennent de République démocratique du Congo. L’or et le tungstène sont extraits respectivement au Pérou et au Rwanda. 
71 € : fabrication et assemblage en Chine
39 € : royalties versées aux détenteurs de brevets
28 € : recherche & développement, conception du produit
5 €  : fabrication des prototypes, support juridique et chaîne d’approvisionnement
19 € : administration, service après-vente et équipement informatique
6 € : dépenses de marketing et de communication
9 € : bénéfice
525 € : prix moyen du Fairphone

 

Savez-vous comment est produit votre smartphone ? A priori non, sauf s’il s’agit d’un Fairphone. Depuis 2013, une entreprise néerlandaise s’est lancée dans un projet ambitieux : concevoir un smartphone équitable et parier sur la transparence.

L’histoire commence par l’achat des métaux indispensables à la fabrication d’un smartphone. Les pays riches en étain, en or, en tungstène ou en tantale, comme la République démocratique du Congo ou ses voisins, sont souvent en proie à des conflits armés. La loi américaine Dodd-Frank, votée en 2010, impose aux fabricants d’électronique cotés en Bourse aux États-Unis de prouver qu’ils ne financent pas indirectement les guerres régionales en achetant ces quatre minéraux. La plupart ont préféré se retirer, affaiblissant l’économie de cette région déjà instable. 

Pour sa part, Fairphone – qui n’est pas soumis à cette législation – a opté pour une attitude plus courageuse. L’entreprise s’emploie à trouver des producteurs non impliqués dans ces affrontements sanglants afin d’améliorer les conditions de vie des populations. Après l’étain, le tantale et l’or, Fairphone a mis en place cet été une chaîne d’approvisionnement transparente pour le tungstène au Rwanda. 

Comme ses concurrents, le Fairphone 2 est produit en Chine mais l’entreprise néerlandaise sélectionne scrupuleusement ses fournisseurs en tenant compte de leurs sous-traitants. Elle veille à l’amélioration des conditions de travail des ouvriers en matière de santé, de sécurité et de droits. 

Enfin, alors que la durée de vie d’un smartphone est en moyenne de 18 mois, le Fairphone est pensé pour durer longtemps. De la batterie à l’appareil photo, les six modules qui composent le Fairphone 2 sont remplaçables. Pas d’obsolescence programmée et, en cas de problème, il est facile à réparer – l’écran se change en moins d’une minute avec le tutoriel proposé sur le site de la marque. 

Si les 100 000 Fairphones vendus représentent un succès, la société fait figure de poids plume face aux géants Samsung et Apple. À 525 euros, il faut avouer que le rapport qualité-prix-esthétique n’est pas à l’avantage du Fairphone. Mais celui-ci a le mérite de poser cette alternative : faire partie du beau monde ou rendre le monde plus beau ?  

Pierre Vince

 

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