Parti pris

François Hollande et son ombre

Florence, Italie, 1956
© Imagno - Franz Hubmann / La Collection
Florence, Italie, 1956
© Imagno - Franz Hubmann / La Collection

L’homme qui dit au revoir à la France entrera donc dans l’histoire comme celui qui renonça au pouvoir. Il y a du Charles Quint – héros de Manuel Valls – dans cette décision inattendue. De la gravité, de la sobriété, de la lucidité. On doute fort qu’à l’image du souverain espagnol qui domina son temps, François Hollande termine seul dans le dépouillement d’un monastère, fût-il corrézien sinon d’Estrémadure. Mais, par cette décision qui ne manque pas de grandeur, le président continue de nous interroger sur son rapport profond à l’autorité. Comme s’il n’avait finalement endossé l’habit de sa fonction qu’à l’instant de vouloir s’en défaire. Oui, le chef de l’État aura été une énigme pour les Français, pour ses proches peut-être, et pour lui-même qui sait ? Après une longue carrière menée pied à pied dans le seul but de conquérir un jour la fonction suprême, il l’aura exercée en absent, ou par la voix d’un drôle de « je » sans cesse dédoublé, commentateur de sa propre action. Puissance et impuissance. C’est l’histoire d’un homme qui voulait remporter la présidentielle sans être tout à fait président. Comme un romancier qui ne croirait pas complètement au destin de ses personnages, François Hollande a choisi d’abréger l’histoire qu’il écrivait sous nos yeux, par plumitifs interposés. On saura plus tard s’il a sculpté une présence par ce vœu d’absence. À moins que son retrait n’apparaisse comme la décision d’un homme qui a fui son bilan comme on veut lâcher son ombre. 

 

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