Le mot de...

[Féminisation]

– Et vous, Madame ?

– Je suis percepteur des impôts.

– Vous voulez dire perceptrice ?

– Non : percepteur.

– Attention. En octobre 2014, un député UMP a écopé d’une sanction financière pour avoir appelé « Madame le président » la vice-présidente socialiste de l’Assemblée nationale, Sandrine Mazetier. 

– C’est grotesque !

– Peut-être, mais c’est le nouveau règlement de l’Assemblée. Mme Mazetier avait fini par clouer le bec au parlementaire, qui refusait de s’incliner, en lui lançant : « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite. »

– Il n’appartient pas au pouvoir politique de modifier le vocabulaire. L’Académie française s’oppose à la féminisation des fonctions ou des grades : Hélène Carrère d’Encausse rappelle régulièrement qu’elle en est le secrétaire perpétuel.

– On dit bien la chancelière allemande.

– C’est vous qui le dites… D’ailleurs, en France, il ne pourrait y avoir de « Première ministre ». 

– Et pourquoi, je vous prie ?

– Parce qu’il s’agit du premier des ministres, donc le chef d’un groupe d’hommes et de femmes. La langue française n’a pas de genre neutre. Les grammairiens ont conféré il y a quatre siècles une valeur générique au masculin. Il faut respecter le génie de la langue.

– Le génie d’une langue, c’est de s’adapter à l’évolution de la société. En imposant des termes masculins aux femmes, on nie une partie de leur identité. 

– Au contraire : en féminisant les titres, vous dévalorisez les femmes, qui se battent depuis longtemps pour avoir les mêmes statuts que les hommes… Je suis sûre que les lecteurs du 1 sont de mon avis.

– Les lectrices aussi ? 

[…]
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