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Peur de la femme

Quatre versets seulement évoquent dans le Coran le voile pour les femmes. Il n’est question ni de burqa ni de voile intégral. Il n’est pas imposé mais conseillé. Ceci parce qu’à l’époque du Prophète, des femmes qui, à cause de la chaleur, sortaient le soir faire leurs courses, étaient harcelées par des hommes qui les prenaient pour des prostituées. Lorsque l’une d’elles s’était plainte à Mahomet, un verset était tombé : « Ô Prophète ! dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de serrer sur elles leurs voiles ! Cela sera le plus simple moyen qu’elles soient reconnues et qu’elles ne soient point offensées » (sourate 33 « Les factions », verset 59).

Ailleurs, dans la sourate 24 « La lumière », il leur est demandé de « déposer leurs voiles » une fois arrivé le temps de la ménopause et qu’il n’y a plus de mariage envisageable (verset 60). Les deux derniers versets ont une perspective commune : la femme doit se garder de mettre en avant ses atours pour provoquer le désir des hommes. En dehors de ces quatre passages, il n’est nulle part question de voile, encore moins d’enfermer la femme dans une « prison en tissu ».

Les tenants d’un islam dur rejoignent en fait la mentalité rétrograde des bédouins, dont certains enterraient vivants leurs nouveau-nés féminins. C’était l’époque de l’Ignorance, la Jâhilîya, autrement dit avant l’islam. L’islam est arrivé pour interdire ces pratiques barbares. Mais les mentalités d’aujourd’hui sont encouragées par des discours obscurantistes à se méfier de la femme et de ce dont elle est capable. Dans la sourate 12 « Joseph », verset 28, Joseph cria : « C’est là un fait de votre artifice de femmes. Votre artifice est immense. » Par artifice, il veut dire « capacité de nuisance ou de simulation ».

En fait, tout dépend de la façon dont on lit et interprète le Coran. On sait que deux écoles se sont opposées après la mort du Prophète et que c’est malheureusement l’école littéraliste, celle qui interprète le texte au pied de la lettre, qui l’a emporté contre le rationalisme et l’intelligence. Aujourd’hui, le courant wahhabite est prédominant en Arabie Saoudite, au Qatar et dans le pseudo-État islamique dirigé par Daech. Un courant qui applique sans pitié la charia et qui impose à la femme burqa et autre voile intégral. 

La dernière trouvaille, en matière de voile, c’est le burkini. Mais, en réalité, le wahhabisme est contre le fait même que la femme se baigne dans une piscine ou sur une plage. Elle n’a pas à montrer son corps même s’il est couvert, sachant que l’eau met en valeur ses formes. Ainsi l’affaire du burkini est une non-affaire, dans la mesure où il est une sorte de voile intégral light, ce que les fondamentalistes ne peuvent supporter.

Tout tourne autour de la femme, du corps de la femme, de la sexualité de la femme. Une peur fondamentale de la femme en tant qu’élément perturbateur est, au fond, la motivation principale des islamistes qui refusent de la voir libre, libérée, autrement dit indépendante et donc capable de se conduire selon ses désirs et sa volonté propre, et éventuellement de les dominer.

Tout cela est impossible dans un pays comme l’Arabie Saoudite, où des codes ont été mis en place afin que la femme ne se rebelle point. Mais quand on vit en Europe, dans un pays où la laïcité est un principe, ou bien on s’adapte et on respecte les lois de la République, ce qui n’empêche nullement de pratiquer sa religion en privé, ou bien on trouve que c’est une société où la femme a trop de liberté, ce qui est insupportable pour un croyant borné, on plie bagage et s’en va vivre sa foi en toute tranquillité dans des pays où la femme est réduite à une ombre.

En ce sens, l’islam wahhabite est incompatible avec l’émergence de l’individu, incompatible avec sa liberté – liberté de conscience, liberté d’agir, de douter, de s’opposer, de débattre, de discuter, bref de s’allier à la Raison. Ce n’est pas le cas de l’islam pratiqué par la majorité des musulmans qui vivent en Europe. Mais il suffit de quelques éléments fondamentalistes qui rêvent de revenir au viie siècle pour embarquer l’ensemble de la communauté dans un délire antirépublicain.

Nous sommes face au même type de problème que celui posé par le mari qui refuse que sa femme soit auscultée à l’hôpital par un médecin homme. C’est pour cela que la question de l’interprétation du texte coranique devient cruciale. On ne peut plus laisser des individus donner de l’islam une lecture réductrice, qui va contre les libertés acquises aux citoyens par la Révolution française. La laïcité n’interdit nullement la pratique de sa foi. Au contraire, elle respecte les religions mais leur demande de ne pas déborder, de ne pas envahir un espace public où coexistent toutes les croyances et toutes les incroyances.

C’est en défendant les principes de la laïcité que la France d’aujourd’hui pourrait sauver l’islam de l’islamisme et rendre aux musulmans leur statut d’individus reconnus comme êtres uniques et singuliers. 

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