Parti pris

Pour Rainer et Théo

Cela n’a rien à voir, mais à cet instant je repense à Jean-Marc Théolleyre, dit « Théo », carte de presse no 6312. Durant les longues semaines du procès de Klaus Barbie, accusé de crimes contre l’humanité en 1987 à Lyon, il m’avait raconté à mots comptés, presque paisibles, son engagement dans la Résistance. Il avait 16 ans. Il vivait alors dans la région de Toulouse et servait de « courrier ». Il avait été arrêté par la Gestapo, affreusement torturé puis expédié à Buchenwald. À sa manière, il avait voté pour la liberté. À l’âge de 20 ans, rescapé des camps de la mort, il avait toqué à la porte du journal Le Monde. On lui avait ouvert. Il était resté.

Cela n’a rien à voir, mais je repense aussi à Madeleine Riffaud. Une jeune fille de 16 ans qui se jura de mettre l’occupant dehors quand un soldat lui botta le cul en 1940. Le plus dur fut de trouver des camarades, une organisation. Au moment de passer à la Résistance dans les FTP, on la prévint : « Un réseau tient en moyenne six mois. » Tout était clair. Rebelle d’instinct, elle plongea dans la clandestinité et choisit de s’appeler Rainer. En 1944, quand l’ordre terrible tomba – « À chacun son Boche » –, elle prit son revolver et fit feu. Le soir, elle écrivit : « Neuf balles dans mon chargeur / Pour venger tous nos frères. / Ça fait mal de tuer. / C’est la première fois. / Sept balles dans mon chargeur. / C’était si simple. / L’homme qui tirait l’autre nuit / C’était moi. »

Cela n’a rien à voir, mais tout de même : on est souvent bien sérieux à 16, 17 ans. 

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