Les expositions autour de Paul Gauguin s’enchaînent. Quelle est la spécificité de votre approche ?

Lorsque nous avons réfléchi à l’exposition, il y a trois ans et demi, nous nous sommes rendu compte que, sans nous concerter, nous avions avec l’Art Institute de Chicago des projets parallèles, et qu’il y avait encore des choses à dire sur Gauguin, une autre manière de l’exposer. Nous avons voulu montrer la diversité de ses pratiques, son laboratoire de création.

Un Gauguin touche-à-tout ?

Gauguin était touche-à-tout, mais il allait jusqu’au bout. Nombreux sont les artistes à s’être essayés à différents médiums, mais ils ont en général assez rapidement abandonné ces pistes pour ne plus se consacrer qu’à la peinture ou à la sculpture. Ce n’est pas le cas de Gauguin. Ce qui est incroyable chez lui, c’est qu’il a commencé à faire de la céramique très tôt, qu’il a réalisé des gravures tout au long de sa carrière, et que son œuvre de peintre a évolué au gré de ses essais dans d’autres médiums. Il y avait donc une complémentarité entre ces différentes pratiques.

Cette expérimentation à tous crins était-elle singulière à son époque ?

Beaucoup d’artistes, à la même époque, ont testé de nouvelles techniques – Edgar Degas, notamment, qui a fait de magnifiques monotypes (selon ce procédé d’impression qui produit un tirage unique), ou encore Auguste Rodin. Mais personne n’a touché à autant de médiums que Gauguin. Il a puisé l’inspiration autant ailleurs qu’en lui-même. L’atelier n’est plus un lieu clos, mais un espace de circulation où se déroule une quête permanente de création. Je ne connais pas, parmi ses contemporains, d’artistes qui aient, par exemple, exploré la céramique de manière aussi approfondie, avec une liberté de création aussi grande.

Cette pluridisciplinarité fait-elle de Gauguin un artiste m

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