Chaque mercredi,une question d’actualité,plusieurs regards
N°27

08 octobre 2014

Sommaire
Édito

Réflexions sur la question musulmane


On connaît le titre du célèbre essai de Jean-Paul Sartre : Réflexions sur la question juive. En lointain écho, le 1 s’intéresse à la question musulmane, tout en ayant conscience de la vanité des généralisations. Pourquoi le musulman est-il devenu un mythe négatif ? Comment cette peur de l’islam est-elle alimentée ? Autant de préjugés à déconstruire.

« L’islamisation est un mythe et nous sommes des animaux mythiques »

Pourquoi nombre de musulmans français se sentent-ils obligés de se dissocier des exactions de l’organisation État islamique alors qu’à l’évidence ils n’y sont pour rien ? 

Ces dernières années, on les a sommés de se justifier. Tout le monde le leur demande. Pas seulement des intellectuels célèbres. Les médias aussi, de façon indistincte, avec l’idée qu’ils n’en font jamais assez pour se désolidariser des actes terroristes ou violents. Pour employer une notion de droit, il y a renversement de la charge de la preuve : le musulman doit se dédouaner de ne pas être un criminel. Tout le monde emploie une expression qu’il faudrait supprimer, celle de musulman modéré. L’islam serait comme l’arsenic. Si vous en prenez trop, si vous êtes trop musulman, vous êtes forcément un dangereux fondamentaliste. À l’inverse, l’expression de bouddhiste modéré ne fonctionne pas. Être intégralement musulman reviendrait ipso facto à être un violent intégriste. 

Comment se traduit ce renversement de la charge de la preuve imposé aux musulmans ?
Souvenez-vous de la différence de traitement médiatique entre l’affaire Anders Breivik et l’affaire Mohammed Merah : c’est fascinant. Pour Breivik, les journalistes norvégiens décrivent l’acte d’un désaxé, d’un individu solitaire qui n’appartient pas à des réseaux. Or Breivik était impliqué dans de nombreux réseaux nationalistes d’extrême droite, il était lecteur assidu d’auteurs déplorant la décadence de l’Occident. Il a dû se défendre au cours de son procès pour faire admettre qu’il n’était pas fou mais rationnel, précisant que certains intellectuels pensaient comme lui en Europe. Il se targuait d’avoir agi et pas seulement parlé. Avec Merah, on a dit le contraire, qu’il était impliqué de longue date dans des réseaux islamistes. On a construit une vision dangereuse, puis on s’est aperçu que ce n’était pas des réseaux, mais au mieux des cellules dormantes, très disséminées, difficiles à raccrocher à une cohérence d’ensemble. 

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Banlieues : retour sur un apartheid

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Raphaël Liogier, sociologue et philosophe

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