Chaque mercredi,une question d’actualité,plusieurs regards
N°131

23 novembre 2016

Sommaire
Édito

Qui contrôle les médias ?


Vincent Bolloré, Patrick Drahi et Xavier Niel sont les nouveaux empereurs d’un paysage médiatique en pleine mutation. Rien de neuf, dira-t-on : les grands capitaines d’industrie ont toujours possédé des journaux. Erreur. Ceux-là détiennent journaux, radios, télés et sites Internet. Et ils brisent les rédactions dont ils s’estiment les propriétaires.

Un suicide et une trahison : comment la presse s’est vendue

La cause est entendue. Le procès minutieusement instruit. Les preuves irréfutables, le jugement sans appel : la presse française, tous médias confondus, est décrétée vivre sous influence et tutelle financière de grands groupes ou fortunes individuelles ayant acquis droit de vie et de mort sur elle. 

Situation incontestable. Toutes les enquêtes, tous les chiffres et documents disponibles établissent comment la quasi-totalité des médias nationaux est tombée dans l’escarcelle des Dassault, Drahi, Arnault, Niel, et autres Lagardère, Bouygues, Bolloré… Ou encore, s’agissant des quotidiens régionaux, dans le giron d’un tentaculaire Crédit mutuel. À de rares exceptions confirmant la règle, c’est tout l’écosystème français de l’information qui est en état de dépendance étroite à l’égard d’industriels et de banquiers d’affaires. À la solde, au sens originel de l’expression, de groupes dont les intérêts vitaux sont souvent liés (pur effet de coïncidences capitalistiques, probablement) aux relations commerciales et/ou politiques qu’ils entretiennent avec l’État. 

Situation intolérable. C’est le moins qu’on puisse dire, au regard de ce que furent, à la Libération, les grandes espérances éditoriales du Conseil national de la Résistance (CNR) qui pensait œuvrer à l’assainissement définitif d’un système ayant démontré sa capacité de nuisance. Situation contraire à toutes les professions de foi entendues depuis un demi-siècle. Situation inadmissible, donc. Bien sûr… Mais situation en définitive tolérée, acceptée. Admise. Et pour tout dire, situation voulue, sinon recherchée. Car il en est de ce dévoiement des judicieux principes qui devaient épargner au secteur des médias de se retrouver « sous influence » comme de tous les phénomènes dits de société : ils ne se produisent ni par la répétition de hasards malfaisants ni sous de dictatoriales menaces. 

Pour en arriver là, il a bien fallu que deux univers (celui de médias devenus « à vendre » et celui d’acheteurs fortunés) se rencontrent, se parlent, marchandent et finissent par s’entendre sur les conditions et le montant d’une transaction. 

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Philippe Kieffer, journaliste & producteur

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