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Les coulisses du 1

Les coulisses du 1

C’est fou comme un titre peut être impérieux…

Longtemps, le 1 s’est appelé In fine. Avec Éric Fottorino, nous nous retrouvions dans un café près du Luxembourg. On rêvait de lancer un journal fougueux qui traite l’actualité différemment. C’était généralement dans les heures calmes du matin et nous avions la fièvre.

 

Au bout de quelques mois, Natalie Thiriez nous a rejoints une fois par semaine. Nos premières idées de rubriques ont alors pris forme sur du papier. Comme nous voulions aller à l’essentiel, c’est elle qui nous a un jour proposé de nous appeler In fine.

 

Nous avons bien vécu un an avec ce titre. Nous nous amusions quand un inconnu prononçait cette formule latine au détour d’une phrase… Et puis nous nous sommes lassés. Nous voulions un titre plus intense. Pourquoi pas Café noir, ai-je proposé ? Le titre nous a galvanisés quinze jours. C’est fou comme un titre peut être impérieux… En nous appelant Café noir, nous avons resserré notre offre éditoriale. Et puis Éric m’a téléphoné : « Que dirais-tu de L’Original ? » J’ai laissé filer une seconde. « Ce que j’aime dans ce titre, a-t-il ajouté, c’est que cela se termine comme journal ! »

 

Mais L’Original est passé à la trappe en quelques jours, sans résistance. Juste le temps de décider de ne traiter qu’une seule question d’actualité chaque semaine et de choisir de n’être imprimé que sur une seule feuille de papier. Ce jour-là, Éric m’a appelé pour me demander : « Et si nous nous appelions le 1 ? » Je n’ai pas eu le temps de lui répondre : « C’est 1-sensé ! »

Les coulisses du 1

Le mot du concepteur graphique du 1

— Antoine Ricardou

La Sentinel s’impose immédiatement, c’est un caractère très aéré, qui laisse de très beaux espaces naturels. C’est le caractère que vous êtes en train de lire.

AU DÉPART, ÉRIC FOTTORINO ET LAURENT GREILSAMER  M’ONT DEMANDÉ D’IMAGINER UN JOURNAL MINCE ET NERVEUX DE 12 PAGES. ET PUIS, ILS M’ONT DIT : « FINALEMENT, CE SERA 8 PAGES ! »

 

Là, j’ai mesuré à quel point ils remettaient en cause les offres éditoriales existantes, à quel point ils bousculaient les codes. C’est à ce moment que je leur ai montré la possibilité de travailler sur une seule feuille, pliable, dépliable, à partir d’un format type A4. C’est un système hyper-rationnel dont je leur ai fait la présentation, et ils l’ont immédiatement adopté, transformé en lui donnant du sens. Une seule feuille et au final un poster collector… Une alliance de légèreté et de contenu.

 

Nous avions notre format ! Mais au risque de surprendre, je crois profondément que ce n’est pas l’essentiel. Dans la mise en page, c’est la typographie et les vides ou les blancs qui commandent. C’est ma conviction. Je ne suis pas influencé par de grands graphistes de presse, mais par de grands typographes. Je suis imprégné de leurs univers. J’ai toujours admiré la force et l’élégance de journaux comme le Times ou Die Zeit. J’aurais pu adopter une famille de caractères classiques du type « sérif » comme le Caslon ou le Garamond. Mais j’ai très vite écarté cette tentation.

 

Pour le 1, j’ai cherché la meilleure organisation entre différentes fontes, comme on assemble un très bon vin. Il s’agit de combiner plusieurs typos. J’ai porté mon choix sur l’Archer pour les titres, et sur la Sentinel pour ce qu’on appelle le texte courant, les articles. La Sentinel s’impose immédiatement, c’est un caractère très aéré, qui laisse de très beaux espaces naturels.

 

Ce qui compte, c’est la lisibilité. La Sentinel et l’Archer ont été dessinées par la même foundry : Hoelfer & Frere-Jones. Ces deux petits génies travaillent à New York dans le même immeuble que nous, simple coïncidence ! C’est difficile à faire comprendre, mais le choix de ces caractères est fondamental. Le 1est singulier dans son organisation typographique et du coup dans son organisation générale. L’Archer et la Sentinel ont littéralement façonné cette maquette.

 

Pour le graphisme du titre du journal, je n’ai pas cherché la surprise pour la surprise. J’ai redessiné ce 1 qui a un côté légèrement Art déco. Sa vraie originalité réside dans ses espaces ouverts. Le 1 n’est pas fermé. Il pourra même être customisé plus tard par des artistes. Il possède une singularité très forte. »

 

Propos recueillis par Laurent Greilsamer

                   

                

Repères de Jochen Gerner sur l’identité du 1

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